PÉRISCOPE : Les passages frontaliers (« boundary crossing ») entre les pratiques collaboratives de recherche et d'enseignement

 

Ce colloque s’appuie sur celui de 2016, « PÉRISCOPE : méthodologies dérivées de perspectives socioculturelles pour composer avec les enjeux de la recherche en partenariat », et il approfondit certaines des thématiques abordées. Nous proposons de rassembler des chercheurs et des praticiens en éducation qui collaborent en adoptant une démarche d’expérimentation de devis (Breuleux et al., 2002) ou recherche-intervention en mode coconception (« design-based implementation research », DBiR; voir Penuel et al., 2011) dans le cadre de partenariats recherche-pratique (Coburn et al., 2016). Ces équipes collaborent afin de créer des activités d’apprentissage stimulantes (coconception) et de réfléchir conjointement en vue d’apprendre en transformant l’objet de leurs activités et d’améliorer les pratiques. Nous considérons la conception collaborative et la réflexion comme des activités frontalières entre l’enseignement et la recherche, médiées par des artéfacts porteurs de la pratique (surtout, mais pas uniquement, des enregistrements vidéo d’événements en classe).

Dans ce contexte, le colloque se veut une occasion d’examiner les passages frontaliers (« boundary crossing ») entre les pratiques de recherche et d’enseignement. Nous voulons plus particulièrement partager les expériences concrètes de partenariat et de collaboration où des données riches provenant des pratiques (par exemple des captations vidéo d’activités en classe, des documents, la tâche mathématique) servent d’objets frontaliers (« boundary objects ») pour étayer la réflexion collective sur les pratiques. Les différentes communautés de pratique que sont la recherche et l’enseignement abordent ces données et utilisent ces outils de manières différentes, mais compatibles et complémentaires. La théorie des communautés de pratique (Wenger, 1998) et la théorie de l’activité (Engeström, 1987; Engestrom, 2014; Engeström et Sannino, 2010; Virkkunen et Newnham, 2013) servent de cadres conceptuels pour l’exploration de ces pratiques frontalières.

 

Présentation d’ouverture

Alain Breuleux (Université McGill)

(Durée de la vidéo : 31 min.)

 

La captation vidéo comme pratique frontalière entre recherche et enseignement


La vidéo en tant qu’objet frontalier

Nilou Baradaran (Université McGill), Stéphanie Beck (Université McGill), Sandra Fréchette (Université McGill)

(Durée de la vidéo : 26 min.)

Dans le contexte d’une communauté d’apprentissage professionnelle avec des praticiens du primaire et du secondaire, en partenariat avec les membres d’une équipe de recherche, certaines questions se posent lorsque nous utilisons la vidéo pour capter des activités en classe : Comment utiliser la captation vidéo en tant qu’objet frontalier ? Quel positionnement à privilégier, entre pratiques « exemplaires » et pratiques « perfectibles » ? Comment faciliter la réflexion sur la pratique ? La dualité des communautés—autrement dit ce qui caractérise les communautés de recherche et d’enseignement— fait émerger les enjeux de l’usage de la vidéo comme “miroir” de la classe. Nous présenterons des exemples tirés des recherches que nous effectuons dans le groupe PRACTIS (Partenariat de Recherche : Apprentissage en Communautés pour la Transformation des Interactions et des Savoirs http://www.mcgill.ca/practis/).


La juxtaposition d’articles et de clips vidéo pour une interprétation collective

Cheryl Cantin (Eastern Townships School Board), Marta Kobiela (Université McGill)

(Durée de la vidéo : 23 min.)

Dans le cadre du Programme de soutien à la formation continue du personnel scolaire (Chantier 7) des chercheurs de l’Université McGill visaient à soutenir des conseillers pédagogiques (CP) en mathématiques afin de promouvoir l’évolution des pratiques pédagogiques des enseignants. Pour ce faire, deux passages frontaliers, soit la frontière recherche-CP et la frontière CP-enseignant doivent être amorcés. Cette session vise à explorer comment la juxtaposition d’articles publiés dans des revues scientifiques et des captations vidéo de l’animation d’ateliers auprès d’enseignants sont des objets utiles pour franchir la frontière recherche-CP. Cette juxtaposition permet aux membres du groupe d’établir une caractérisation collective des idées théoriques fondées sur des exemples pratiques, mettant en relief leurs principales caractéristiques. Une fois établie, cette caractérisation collective offre une perspective pour la réflexion collective sur l’animation d’atelier des conseillers pédagogiques. 

 

Collaboration chercheurs-praticiens centrée sur les vidéos des enseignants

Saba Din (Université McGill), Terry Lin (University of Alberta), Marta Kobiela (Université McGill)

(Durée de la vidéo : 24 min.)

Dans cette présentation, nous allons partager une partie des résultats de notre recherche collaborative avec des conseillers pédagogiques en mathématiques.  Plus précisément, nous avons enquêté sur les éléments porteurs pour l’apprentissage professionnel des conseillers pédagogiques dans une activité de planification collective centrée sur des vidéos des enseignants avec qui ils travaillent.  En considérant les vidéos des enseignants comme des objets frontaliers, ces rencontres deviennent un espace d’échange et de collaboration qui facilite le passage entre la communauté de chercheurs et celle de praticiens. À travers l’activité, nous avions identifié trois éléments qui ont contribués à l'apprentissage du groupe tout en aidant les conseillers pédagogiques à planifier les prochaines rencontres avec leurs enseignants. Ces éléments porteurs sont: (1) un encadrement efficace avant le visionnement des vidéos et les discussions, (2) un retour constant vers l’objectif de l'activité collective, et (3) des normes d'interaction au sein de la communauté chercheur-praticien.

 

Passages entre communautés d’apprentissage professionnelles et communauté de recherche

Le rôle joué par les différents acteurs lors de la mise en place d’une communauté d’apprentissage professionnelle (CAP)


Izabella Oliveira (Université Laval), Martin Baril (Commission scolaire de la Capitale), Isabelle Charest (Commission scolaire de la Capitale), Carolyne Jacques (Commission scolaire de la Capitale)

(Durée de la vidéo : 43 min.)

Le projet ARIM (subvention FRQSC) vise l'arrimage interordres sous l'angle des apprentissages mathématiques. Le travail sur les arrimages se fera par la mise en place de différentes CAP -communautés d'apprentissage professionnelles- (primaire-secondaire et secondaire-collégial) de la grande région de Montréal et de Québec en partenariat avec plusieurs commissions scolaires et Cégeps. Comme le mentionne Wenger (2005) les CAPs mettent de l'avant les motifs et les intentions de l'acteur. En ce sens, nous présenterons les enjeux associés aux rôles que jouent les différents acteurs (enseignants, conseillers pédagogiques et chercheurs) dans la mise en place d'une CAP en mathématiques dans la région de Québec visant à favoriser l'arrimage entre l'école primaire et l'école secondaire. Lors de la présentation, il sera question de faire ressortir comment la négociation de sens se fait à la frontière entre les différentes communautés de pratiques (recherche, conseil pédagogique, et enseignement), quelles tensions émergent et comment le rôle de chacun des acteurs se définit.

 

Artéfacts et objets frontaliers en mathématiques

La « tâche mathématique » comme objet frontalier et le processus d’hybridation

Claudia Corriveau (Université Laval), Antonia Kouloumentas (CEGEP Maisonneuve)

(Durée de la vidéo : 32 min.)

Chaque recherche menée en partenariat avec des acteurs de l’enseignement suppose une négociation constante entre ceux-ci. Même lorsque l’accent est mis sur la collégialité et le développement d’une culture de collaboration comme le suggère Fullan (1990), à un moment donné, des idées, des objets et des situations sont apportés par un membre dans le but de les soumettre aux autres. Dans le cadre de cette présentation, il sera question d’une réflexion autour de l’utilisation de « tâches mathématiques » comme objet frontalier. Des tâches mathématiques ont été suggérées par une chercheure dans le cadre d’une recherche collaborative avec des enseignants. Lorsqu’offertes aux enseignants, ces situations ont été soumises à un processus de négociation s’hybridant et forçant un changement à la fois dans les postulats de départ de la chercheure, mais aussi chez les participants. Nous proposons ici de présenter, à travers l’examen d’une tâche précise, comment cela s’est produit chez une chercheure et une enseignante. 

 

Résolution de problème en classe : objet aux frontières de plusieurs communautés

Mireille Saboya (UQAM - Université du Québec à Montréal), Nadine Bednarz ( (UQAM - Université du Québec à Montréal) et Anne-Marie Carbonneau (Commission scolaire de Montréal)

(Durée de la vidéo : 26 min.)

La résolution de problèmes (RP), un élément central de l’enseignement des mathématiques, rejoint différentes communautés : les élèves qui résolvent ces problèmes, les enseignants qui les font vivre en classe, les conseillers pédagogiques (CP) qui ont à accompagner des enseignants sur la RP, et les chercheurs (par exemple ceux qui s’intéressent au potentiel de la RP, mais aussi aux difficultés que pose la gestion de cette activité en classe). Nous avons mis en place une recherche collaborative avec 8 CP, provenant de différentes commissions scolaires, autour de la RP en contexte d’enseignement conçue comme point de rencontre/interface entre ces communautés. Cette recherche (en cours) prend la forme de journées de rencontres réflexives étalées sur deux ans et s’articule sur différents moyens pour provoquer des discussions permettant d’éclairer la RP suivant différents points de vue. Ainsi, des problèmes spécifiques amenés par les uns et les autres, « l’histoire » de ces problèmes (planification, anticipation, exploitation en classe, retour), des vidéos en classe, des récits d’accompagnement d’enseignants, etc., servent à la construction conjointe de cet « objet frontière ». Durant la présentation, nous mettrons en évidence comment la RP en contexte d’enseignement, vue comme objet frontalier, prend forme et permet de traverser les frontières de différentes communautés, nommément : celle des CP, celle des chercheurs, mais aussi en arrière-plan celle des enseignants et des élèves.

 

Frontières interdisciplinaires

Savoirs professionnels partagés autour des frontières interdisciplinaires

Hassan Soubhi (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi), Sandra Coulombe (UQAC)

(Durée de la vidéo : 26 min.)

 

Les soins de maladies chroniques et la pratique des professionnels de la santé se sont complexifiés au Québec. D’une logique additive basée sur la multidisciplinarité, les soins s’orientent vers une logique de coproduction des soins axée sur l’interdisciplinarité (Soubhi, Colet et al. 2009). Simultanément, les réformes curriculaires privilégient des compétences transversales mobilisables dans des situations complexes et au-delà des disciplines des sciences de la santé. Cette communication présente la première étape d’élaboration d’une plateforme pédagogique conjointe permettant un accès à des données empiriques et à un terrain d’expérimentation scientifique accélérant le développement des connaissances dans ce domaine. Les résultats présentés, provenant d’un atelier de co-développement professionnel (Payette et Champagne, 2000) fondé sur la théorie de l’activité (Engestrôm, 2001), et de huit entretiens semi-dirigés auprès d’enseignants provenant de quatre départements différents (sciences de la santé, sciences de l’éducation, arts et lettres, sciences humaines), mettent en évidence les dynamiques relationnelles entre les champs disciplinaires impliqués. Ils montrent également des savoirs partagés autour du concept de frontières interdisciplinaires et d’une compétence transversale «Soins centrés sur la personnes, ses proches et la communauté» permettant le passage frontalier des disciplines pour former des équipes de soins collectivement compétentes.

 

Discussion

Sylvie Barma (Université Laval)

(Durée de la vidéo : 18 min.)

 

Commentaires de grands témoins

Commentaires sur les présentations

Georges-Louis Baron (Université Paris Descartes), Stéphane Allaire (UQAC)

(Durée de la vidéo : 37 min.)

Retour sur les présentations durant le colloque, éléments de questionnement et de réponse pour la poursuite des recherches en partenariat mettant en interaction différentes communautés de pratique et le passage entre les frontières qui définissent ces communautés.

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